56. L'âne maltraité.
Avec une charrue traînée par son âne, le père Grégoire façonnait 1 sa vigne. Sa femme, un bâton à la main, guidait la bête entre les rangs des échalas.
La vigne était en côte. C'était le premier labour de l'année, et la terre était dure. L'âne tendait ses muscles, baissait la tête, et parfois un trop rude effort le rejetait de côté.
« Il va briser les bourgeons, criait alors le père Grégoire. Mène-le donc droit, sapristi ! »
Quand une racine arrêtait la charrue, la bête, qui en profitait pour souffler, refusait de repartir.
Alors le père Grégoire criait encore plus fort, et sa femme donnait à l'âne un léger coup de bâton.
A mesure que le travail avançait, l'animal se fatiguait et le vigneron se mettait un peu plus en colère. De temps en temps même, il quittait sa charrue, prenait le bâton des mains de sa femme et frappait l'âne rudement.
Jeannot et Jeannette assistaient de loin à cette scène.
A la fin, ils s'approchèrent. L'équipage 2 était en bas de la côte, et il se reposait un instant . Jeannette tira un croûton de sa poche. Jeannot l'offrit à l'âne, qui le prit maladroitement avec ses grosses lèvres.
Puis il dit doucement :
« Vous êtes donc méchant, père Grégoire ?
- Pourquoi me demande-tu cela ? répondit le vigneron en riant.
– Parce que vous tapez bien fort sur votre âne.
- Si tu savais comme il est fainéant !
– Oh ! ce n'est pas vrai, cela ! repris jeannot. Il n'y a pas beaucoup de chevaux qui travaillent comme lui. Vous le disiez vous-même l'autre jour. Et peut-être que votre âne tirerait mieux si vous le laissiez se reposer de temps en temps, et si vous le battiez moins. N'est-ce pas mme Grégoire ?
- Tu as bien raison, dit la femme. Le père Grégoire est violent, et je le lui reproche souvent.
- Si vous vous mettez tous contre moi, grogna le vigneron, je n'ai qu'à me taire. Allons, repartons. Je crierai un peu plus et je taperai un peu moins. »
Il fit mieux encore qu'il n'avait promis : de toute la soirée, Jeannot et Jeannette n'entendirent plus le bruit du bâton. Et le travail se faisait aussi vite !
Toutes les fois que vous en aurez l'occasion, mes enfants, prenez la défense des bêtes maltraitées. Une parole de pitié arrête souvent un geste de violence.
Mots expliqués. – 1. Façonner, c'est donner un labour. – 2. L'équipage, c'est le groupe formé par la charrue, la bête et ceux qui la conduisent.
Exercice de langage. – 1. Que faisait le père Grégoire . – 2. Pourquoi la besogne était-elle rude ? – 3 . Pourquoi le père Grégoire se mettait-il en colère ? – 4. Que faisait-il lorsque sa colère était trop forte ? – 5 Que demande Jeannot au père Grégoire ? – 6 – Que promet le vigneron ? – 7. Que devez –vous faire lorsqu'on maltraite une bête devant vous ?
Exercice écrit. - Jeannot dit au père Grégoire que son âne.....mieux s'il le laissait.....de temps en temps. Le père Grégoire répondit : « Je....un peu plus et je....un peu moins. »
Et les enfants n'entendirent plus le....du.....
D'après Jeannot et Jeannette
1924
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